Philosophie

L'étymologie l'indique : la philosophie est l'amour et la recherche de la Sagesse.

3. La sagesse et le but de la philosophie

Nous avons vu que ce terme impliquait à la fois l'art de penser et l'art de vivre, la Connaissance du Vrai et celle du Bien.

3-1) Les aspects de la sagesse.

Il n'est pas facile de définir simplement la Sagesse mais on peut en indiquer quelques composantes afin de mettre en relief ce qu'apporte la philosophie.
• L'art de vivre et de mourir. Bien que ce soit plutôt donner à l'existence, si possible, sa pleine justification. Rappelons l'adage : « Philosopher c'est apprendre à mourir. »
•  La connaissance de soi ou tout au moins la recherche de soi : qu'il s'agisse de la nature humaine en général ou du moi singulier.

Bien d'autres éléments encore constituent la sagesse. Comme l'a montré VIALATOUX, elle est faite à la fois du détachement des contingences et de l'engagement dans les tâches qui incombent à l'homme digne de ce nom, elle est à la fois contemplation et action.

3-2) La raison d'être de la philosophie.

Elle se dégage nettement de tout ce qui précède mais il convient d'y revenir encore.
Dans sa fonction spéculative la philosophie est la recherche de la vérité ou des valeurs. C'est une réflexion radicale qui remonte jusqu'aux premiers principes.
On lui rattache d'ordinaire un certain nombre de disciplines dont les principales sont les suivantes : la Psychologiequi s'attache à l'analyse de la vie men­tale, qui constitue la vie humaine par excellence, celle de l'intelligence, du sentiment et de la volonté; la Logiquequi étudie les règles que l'on doit suivre pour bien penser, les conditions de la connaissance vraie; la Moralequi examine les conditions de l'action droite, les règles à suivre pour vivre selon la dignité humaine; l'Esthétique qui se donne pour objet les problèmes de l'art et de la beauté; la Métaphysiqueenfin, qui pose les questions suprêmes, celles qui regardent la liberté, la vérité, le sens de la vie, le sens du monde, la destinée, le fondement des valeurs, la raison d'être de tout ce qui est, l'existence de Dieu.
Mais à vrai dire, la philosophie, en tant que réflexion pure et mise en question radicale, ne contient aucune de ces disciplines sauf la métaphysique. Il faudrait dire qu'il y a une philosophie de la psychologie et des autres sciences humaines devenues indépendantes de la philosophie, de même qu'il y a une philosophie de la logique, de la morale et de l'esthétique. Sur toutes ces recherches, sur ces divers secteurs portent le regard et l'interrogation philosophiques. Seule la métaphysique ou si l'on veut la philosophie générale appartient si intimement à la philosophie qu'il est impossible de l'en séparer.

Dans sa fonction pratique la philosophie unit la réflexion sur les valeurs à l'actualisation de ces valeurs.
Prenant le terme au sens large, DESCARTES écrivait au XVIIe siècle : « Le mot de philosophie signifie l'étude de la sagesse et par la sagesse on entend non seulement la prudence dans les affaires, mais une parfaite connaissance de toutes les choses que l'homme peut savoir tant pour la conduite de la vie que pour la conservation de la santé et l'invention de tous les arts. »

Mais même si la philosophie proprement dite est plus restreinte, elle ne laisse pas d'intéresser l'action car elle y prépare pour y trouver une sorte d'accomplissement. MAURICE BLONDEL dénonçait, pour sa part, les conceptions qui bornent la philosophie à une spéculation indépendante de la pratique, à une construction de concepts ou de systèmes censément irresponsables des crises qui bouleversent l'humanité. Il écrivait comme pourraient le faire bien des philosophes : « L'effort philosophique de toute ma vie a été consacré à montrer les biens profonds et permanents qui, par une causalité réciproque, associent la pensée et l'action dans l'unité organique d'une même responsabilité intellectuelle et morale, pour les personnes humaines, pour la santé des peuples, pour la solidarité internationale. »

Pratique également se révèle la philosophie quand elle est à la base des grands mouvements de doctrines et d'opinions qui mènent le monde : toute idéologie politique, sociale ou religieuse est une philosophie en marche ou en action : c'est vrai du christianisme comme du marxisme. Ainsi la philosophie commande la destinée historique de l'humanité autant que la vie individuelle. On a dit qu'elle était l'acte d'être aussi bien que l'acte de penser.
Toute question sur l'utilité de la philosophie trouve une réponse immédiate et décisive : demander à quoi sert la philosophie c'est déjà philosopher et la philosophie a pour but de se demander à quoi il sert de vivre.
Il faut philosopher, on ne peut manquer de philosopher, c'est-à-dire de penser pour penser, de penser pour agir et de penser pour exister, pour assumer une existence authentique, consciente d'elle-même, de ses valeurs, de ses fins et de sa raison d'être.
Ainsi la philosophie se justifie avec éclat et l'on ne saurait trop méditer cette déclaration de DESCARTES : « C'est proprement avoir les yeux fermés sans tâcher jamais de les ouvrir que de vivre sans philosopher, et le plaisir de voir toutes les choses que notre vue découvre n'est point comparable à la satisfaction que donne la connaissance de celles qu'on trouve par la philosophie, et enfin cette étude est plus nécessaire pour régler nos mœurs et nous conduire en cette vie que ne l'est l'usage de nos yeux pour guider nos pas. Les bêtes brutes, qui n'ont que leurs corps à conserver, s'occupent continuellement à chercher de quoi le nourrir, mais les hommes, dont la principale partie est l'esprit, devraient employer leurs principaux soins à la recherche de la sagesse, qui en est la vraie nourriture. »

❖ Bibliographie

Lectures conseillées.
PLATON, République (VIIe livre) (Garnier).
DESCARTES, Principes de la Philosophie. —Préface (Garnier).
VIALATOUX, L'intention   philosophique (P. U. F.).
DESCHOUX, Initiation à la Philosophie (P. U. F.).
JASPERS, Introduction à la Philosophie (Pion).
DUCASSÉ, Les grandes philosophies (P.U.F.).
FOUGEYROLLAS, La philosophie en question (Derme).
BERGSON, La Pensée et le Mouvant, chapitres IV et VI(P. U. F.).

Quelques livres de librairie pour approfondir le sujet.

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