Philosophie

Qu'est-ce que la philosophie ? La réponse à cette question est primordiale, car la philosophie est la science qui se met elle-même en question. Il nous faut donc tâcher d’y satisfaire.

1. La philosophie et la vie.

1-1) L'origine de la question philosophique.

Ce que nous avons dit, sur les rapports entre la Science et la Philosophie semblerait suffire pour définir la philosophie mais, en fait, ce sont là des considérations abstraites, intelligibles aux seuls spécialistes : pour comprendre la philosophie c'est de la vie qu'il faut partir.
C'est la vie qui impose la question philosophique, c'est du cœur de l'existence que jaillit l'interrogation sur l'existence, notamment sous sa forme métaphysique.
On pourrait croire d'abord qu'il suffit de vivre pour échapper à toute préoccupation d'ordre philosophique : la vie et la réflexion philosophique ne vont pas souvent de pair, la spéculation désintéressée risque de troubler et de gêner l'action, enfin les soucis quotidiens suffisent largement sans que l'on songe à s'en créer d'autres par l'inquiétude des grands problèmes.
Pourtant c'est dans l'existence la plus courante que l'on voit surgir la préoccupation métaphysique : la vie, la mort, la destinée, la liberté, le bonheur, l'idéal, le sens de la vie, l'existence de Dieu ; autant de questions qui peuvent nous saisir à un moment quelconque et nous inciter à prendre conscience des difficultés de la condition humaine à la recherche de sa vérité. Pour peu que nous y fussions attentifs, c'est presque chaque jour que nous serions invités, appelés à le faire soit par les événements extérieurs, soit par les accidents de notre destin personnel.
Nous sommes constamment affrontés à de telles questions car la vie est en elle-même un drame philosophique.
De plus, une existence, qui ne s'interrogerait jamais sur elle-même mériterait-elle encore de porter le don de l’esprit ? Noblesse oblige. HEIDEGGER nous en avertit : c'est une existence banale et inauthentique que celle qui ne se met jamais en question. Et PASCAL l'avait dit de façon décisive : « L'homme est visiblement fait pour penser ; c'est toute sa dignité et tout .son mérite ; et tout son devoir est de penser comme il faut... Pensée fait la grandeur de l'homme... ...Toute notre dignité consiste donc en la pensée. »
Oublier cet impératif ce serait pour l'homme abdiquer sa royauté et renier son essence. Rejeter toute préoccupation d'ordre métaphysique, ce serait tenter de s'étourdir, de se détourner du problème fondamental, du souci majeur d'un être qui doit rechercher sa raison d'être. PASCAL l'a très bien vu, qui appelait divertissement une telle attitude, qu'il dénonçait en même temps comme la plus grande de nos misères.
Certes, nul n'est forcé de suivre ces penseurs tourmentés à l'excès — un KAFKA par exemple — qui voudraient que nous vécussions sans cesse dans l'angoisse existentielle pour être de bonne foi. DESCARTES pour sa part entendait ne consacrer que quelques heures par an aux spéculations métaphysiques, non sans avoir pris soin d'y méditer profondément. Encore faut-il y songer et prendre en considération cette situation de l'homme qu'illustre ce mot de SARTRE : « L'homme est un être pour qui dans son être, il est question de son être. »
Du reste, vivre c'est philosopher à son insu, c'est animer et actualiser la vision du monde que l'on porte en soi. On l'a dit très justement : toute vie d'homme est la traduction vécue d'une métaphysique consciente ou inaperçue. Une métaphysique habite nos pensées, nos paroles et nos actes, qui l'expriment en retour d'une façon plus ou moins réfléchie.

1-2) L'intérêt humain de la philosophie.

Philosopher c'est chercher le sens de la vie, c'est prendre conscience de ce fait qu'il y a pour l'homme une difficulté d'être. Aussi l'homme sera-t-il au centre de la réflexion philosophique. La philosophie n'est autre que la mise en question de l'homme par lui-même, l'interrogation essentielle de l'homme sur lui-même. On l'a définie justement « La question radicale que l'homme en quête de vérité s'adresse à lui-même ».
Il serait aisé de montrer que le souci de comprendre l'homme se retrouve dans toutes les grandes questions philosophiques telles que : le problème de la vérité et de la valeur de la connaissance — le problème de l'action et de ses fins —le problème de l'existence et de sa signification — le problème de l'être et de sa nature profonde.
Au fond, il s'agit avant tout de notre destinée, de l'inquiétude qu'elle soulève et qui se résume dans les trois interrogations fatidiques : que sommes-nous, d'où venons-nous, où allons-nous ?
JEAN LACROIX le dit très justement : « Le philosophe est celui qui repose inlassablement l'énigme du Sphinx : qu'est-ce que l'homme? La philosophie est une initiation au mystère humain. »
On voit qu'il s'agit là de questions vitales et qui n'ont aucune commune mesure avec celles que posent les autres sciences, comme nous l'avons établi au précédent chapitre. « Ces problèmes ultimes, loin de rouler sur des abstractions, selon le préjugé vulgaire, roulent sur les réalités mêmes, y compris notre propre réalité, par conséquent sur le sens et la valeur de l'existence. De là pour tout esprit non superficiel, leur intérêt plus dramatique que les drames mêmes de l'Histoire (Texte de A. FOUILLÉE). »

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