Perception

Sans cesse nous recevons du monde extérieur et du corps des impressions qui sont autant d'informations ou de messages de nos sens. La sensation est certes d'abord le rapport entre certaines formes d'excitation et les appareils récepteurs qui dans l'organisme répondent ou réagissent à cette excitation, à ce stimulus. Mais du point de vue psychologique qui nous intéresse davantage elle est un fait de conscience élémentaire qui résulte de la modification d'un organe et qui apporte les matériaux d'une connaissance. Qu'elles soient externes, intérieures au corps ou motrices, les sensations ont un double aspect objectif et subjectif, physique et physiologique d'un côté, psychique de l'autre.
Mais quels sont les rapports de la sensation et de la perception?

2. Sensation et perception.
2-1) La tentative de dérivation.

La première idée qui vient à l'esprit, c'est que la perception est à la sensation ce que le complexe est au simple, le tout à la partie, le dérivé au primitif.
A l'admettre pourtant on fait, sans s'en douter, le jeu de l'associationnisme, on considère la vie mentale comme une association, pour ne pas dire une juxta­position, d'éléments simples et stables qui dessinent en se combinant les figures de la vie psychique la plus haute. Conception atomistique qui morcelle l'esprit et méconnaît l'activité qu'il manifeste précisément dans l'opération perceptive.
D'ailleurs la relation peut se renverser totalement et on a tenté de montrer que c'est la sensation pure qui dérive de la perception dont elle n'est qu'un extrait. Telle est la position de la Gestalt-psychologie ou psychologie de la forme. Pour les Gestaltistes les éléments perceptifs ne sauraient exister indépendam­ment de l'ensemble structuré dont ils font partie, où ils se trouvent immédia­tement intégrés. La perception est une forme, une structure, un cadre où l'analyse découvre, pour les en détacher, des éléments comme les sensations et les images.
Ainsi les deux théories réductrices sont renvoyées dos à dos et mieux vaut chercher simplement les différences entre les deux phénomènes.

2-2) Triple différence entre sensation et perception.

Subjectivité de la sensation. — Objectivité de la perception. Les sensations ne laissent que très vaguement entrevoir l'existence autonome d'une réalité autre que notre réalité subjective : on peut les confondre, d'abord, avec des manières d'être du sujet psycho-organique, des modalités du moi.
Au contraire on peut parler de l'objectivité de la perception. La perception nous livre le monde extérieur, nous renseigne sur l'existence d'un monde dont la réalité ne peut être mise en doute sur le plan psychologique et empirique (réserve faite des difficultés métaphysiques). Son coefficient affectif est bien moins fort et l'impersonnalité est l'un de ses caractères : la perception offre le même donné à tout le monde.
Différence de niveau psychique. La sensation est très élémentaire en tant que fait de conscience. C'est un état où le senti l'emporte sur le compris, l'irréfléchi sur le réfléchi.
La perception, au contraire, est une très haute fonction mentale; elle a sa place dans la conscience réflexive du compris. Percevoir c'est interpréter et donc penser quelque peu. LACHELIER écrit justement : « On demande ce que la pensée ajoute à la perception; on ne s'aperçoit pas que ce qu'on appelle perception est déjà en partie l'oeuvre de la pensée. »
Passivité de la sensation, activité de la perception. La grande diffé­rence est là. Dans la sensation, la conscience est passive : pour sentir il suffit de s'ouvrir au monde et d'ailleurs les impressions sensibles viennent à nous, que nous le voulions ou non; nous les subissons, nous sommes englués dans le sensible, pour employer un terme sartrien.
La perception, au contraire, fait intervenir le jugement et l'acte par lequel le sujet pose un objet hétérogène et extérieur à lui, ou tout au moins à l'opération par laquelle il le saisit. La perception n'est pas un don mais une conquête : une construction du monde à partir du sujet.
Ces distinctions pourraient être discutées mais ce qui mérite d'être retenu c'est que la perception fait partie des prérogatives du sujet pensant. Avec la seule sensation nous ne pourrions dominer le sensible, avec la perception l'esprit fait l'expérience de sa transcendance. Il est lié au monde mais il peut déjà se distinguer de lui. Ce que montre la formation de la notion d'objet.

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