Monde extérieur

Mettre en question l'existence du monde extérieur, voilà qui ne laisse pas d'étonner, voire de scandaliser les personnes peu accoutumées aux spéculations philosophiques. La réalité du monde n'est-elle pas d'une parfaite évidence, ne s'impose-t-elle pas aux sens et à la conscience, avant même que la science n'en confirme l'objectivité?
Il conviendrait toutefois de se demander ce que veulent dire exactement les philosophes. On s'aperçoit alors qu'ils s'interrogent non pas sur l'existence d'un monde que nul ne songe à nier, mais sur le degré d'extériorité ou d'indépendance ou d'existence en soi qu'il faut lui consentir par rapport à la pensée.
Mais l'affaire est d'importance et la question se rattache au conflit plus général de l'idéalisme et du réalisme qu'il nous faut d'abord définir.

  1. Idéalisme et réalisme.
  2. L'immatérialisme de Berkeley.
  3. Discussion de l'idéalisme.
  4. Dépassement et synthèse.
1) Idéalisme et réalisme
1-1) L'attitude idéaliste.

L'idéalisme, au sens métaphysique du terme, est la doctrine selon laquelle l'existence se ramène à la pensée et ne saurait lui être extérieure à proprement parler. C'est que, de ce point de vue, un au-delà de la pensée n'est pas pensable ; l'esprit est la réalité fondamentale et les choses n'existent que par rapport à la pensée qui les pense et les enveloppe dans cette opération même. L'objet n'est objet que pour un sujet qui le pense et le pose comme tel; mieux, l'objet est intérieur au sujet parce que l'être est immanent à la pensée et se trouve inscrit dans son coeur.

C'est dire que le monde n'existe pas en soi, indépendamment de la conscience à laquelle il est au contraire suspendu et sans laquelle il s'évanouirait en quelque sorte comme un mirage. « Le monde est ma représentation. Tout ce qui existe par la pensée. » déclare SCHOPENHAUER.

Cette absorption ou cette inscription de l'être dans la pensée concerne évidemment toutes les formes de l'être sans exception et ne s'applique pas seulement au monde matériel. Toutefois il est de tradition d'éprouver l'idéalisme et de l'opposer au réalisme sur le terrain de l'existence du monde extérieur.

1-2) L'attitude réaliste.

Toujours au sens métaphysique, le réalisme est une doctrine d'après laquelle l'être est en lui-même autre chose que la pensée, existe indépendamment d'elle dans sa réalité objective et ne se réduit pas à la connaissance qu'on en prend.
De ce point de vue l'être transcende la pensée, l'objet demeure irréductible au sujet et capable de subsister en soi en dehors de lui. Interprétant le Cogito cartésien, LAVELLE écrit : « Loin de dire que le Cogito inscrit l'être dans la pensée, il faut dire qu'il inscrit la pensée dans l'être. »

Deux formes apparaissent dans le réalisme :
— celle qui consiste à dire que l'être existe en dehors de la connaissance et de la conscience individuelle ou impersonnelle;
— celle qui tend à dire en outre que la réalité n'est pas modifiée par la connaissance qu'on en prend.
La première proposition n'entraîne pas forcément la seconde.
Il va sans dire que le réalisme conduit à affirmer l'existence objective du monde extérieur en tant qu'indépendant de la prise de conscience humaine.
Mais avant de confronter les deux doctrines et de passer à l'arbitrage, il semble utile d'exposer une théorie que l'on tient généralement pour idéaliste : l'immatérialisme de BERKELEY.

Copyright Le grenier de Clio [http://andani.fr]