Langage

Question cruciale qui touche à la valeur de la connaissance et à l'espérance de vérité.

3. Valeur du langage
3-1) Le langage comme réalité humaine.

Nous l'avons vu à plusieurs reprises avec DESCARTES, le langage articulé, rationnel et réfléchi — seul digne de ce nom — est une chose spécifiquement humaine, une prérogative de la nature humaine considérée dans sa spiritualité. « Le langage, écrit justement G. GUSDORF, est la condition nécessaire et suffisante pour l'entrée dans la patrie humaine... Si le chimpanzé a la possibilité du langage, non pas sa réalité, c'est que la fonction de la parole dans son essence n'est pas une fonction organique mais une fonction intellectuelle et spirituelle. » L'homo sapiens est aussi homo loquens. Mais que vaut le langage?

3-2) Procès du langage.

Le langage est à la pensée ce que le discours est à l'intuition. D'où les inquiétudes qu'il inspire et qui sont de plusieurs sortes.

Pour employer des termes bergsoniens, le langage effectue une spatialisation de la pensée parallèlement au travail de conceptualisation opéré par l'intelligence discursive. C'est dire qu'il fige le courant créateur de la pensée vivante et mou­vante, emprisonnée dans ses moules.

L'art des sophistes, la sophistique — combattus par SOCRATE dans l'Antiquité — sont une fâcheuse illustration de la tromperie verbale. Le sophiste, en effet, c'est le charlatan du verbe qui manie les mots à des fins moralement douteuses, l'illusionniste qui fait être ce qui n'est pas et ne pas être ce qui est, le faux monnayeur qui altère le sens des mots, et, partant, des valeurs qui leur sont attachées. Il faut dire que nous nous convertissons tous en sophistes quand nous sommes animés par l'amour-propre, la passion ou l'intérêt.

3-3) Réhabilitation du langage.

Les écueils que nous avons dénoncés sont réels mais cela n'entraîne pas du tout la ruine du langage dont les vertus sont évidentes :
Il convient de remarquer l'efficacité du langage car il permet à la pensée non seulement de s'incarner mais de se trouver, de se conquérir elle-même. Un poète, P. VALÉRY, estimait qu'il fallait chercher les idées par l'intermédiaire des phrases et des mots au lieu de passer d'une pensée confuse à une expression plus ou moins adéquate. « Un penseur, nous dit VALÉRY, doit moins chercher à exprimer sa pensée qu'à choisir parmi ses expressions selon leur effet. » Aussi définissait-il la syntaxe comme une faculté de l'âme et pensait-il que le réel dans une oeuvre ne peut être que le texte.
D'ailleurs la poésie est une alchimie du verbe au moins autant qu'un chant intérieur, c'est une transmutation du langage ordinaire rétabli dans sa beauté par un sortilège qui libère les pouvoirs infinis qui dorment dans les mots.
Pour MALLARMÉ le poète est bien celui qui doit « donner un sens plus pur aux mots de la tribu ».

Par le langage poétique et scientifique l'homme devient en quelque sorte le maître du monde et affirme sa transcendance. Mais alors que pour certains pen­seurs cette puissance permet à l'homme de s'émanciper de Dieu et de rivaliser avec lui, pour un spiritualiste elle est le signe d'une participation de la parole humaine à la parole divine créatrice du monde.

❖ Bibliographie

Lectures conseillées.
GUSDORF, La Parole (P. U. F.).
PERROT, La Linguistique. Que sais-je? (P. U. F.).
EGGER, La Parole intérieure (Baillière).
DELACROIX (H.), Le Langage et la Pensée (P. U. F.).
SERRUS, Le Parallélisme logico-grammati­cal (P. U. F.).
DAUZAT, La Philosophie du langage (Flam­marion).
VENDRYÈS, Le Langage (A. Michel). — La Langue, le sens et la pensée (P. U. F.).
LAVELLE, La Parole et l'écriture (P. U. F.).
BERGSON, Matière et Mémoire, chapitre n (P. U. F.).

Quelques livres de librairie pour approfondir le sujet.

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