Langage

De la nature le poète dit justement : « L'homme y marche à travers des forêts de symboles ». Nous vivons en effet dans un monde où tout peut se répondre, s'évoquer et se correspondre, prendre sens et valeur, mais il va sans dire que c'est par rapport à la conscience qui est elle-même génératrice de symboles et capable de langage et d'interprétation.

1. Signes et symboles.

On peut distinguer les signes naturels, le langage et les signes artificiels dont la pensée est la source.

a) Les signes naturels.
Ce sont d'abord les diverses sensations qui ont toujours une valeur de mes­sage, d'information ou d'indice. Mais aussi les réactions du comportement, l'expression des émotions et tout ce langage informulé par lequel nous nous découvrons ou nous dissimulons les uns aux autres.

b) Le langage.
Le langage, dans son acception la plus large, est un système de signes chargés de signification pour la pensée qui s'y reflète ou s'y exprime.
En ce sens on parlera du langage de la musique ou la peinture.
Le langage proprement dit est un ensemble de signes parlés ou écrits traduisant la pensée par la parole au moyen d'une langue, ou par un jeu de symboles conventionnels (alphabet morse, sténographie, etc...). Mais, de plus, pour le psychologue le langage est une fonction psychologique permettant l'expression verbale et la communication de la pensée. Il fait alors partie intégrante des opérations de l'esprit.

c) L'intelligence et la constitution des signes.
On a dit de l'intelligence qu'elle était facultas signatrix, la faculté créatrice de signes et de symboles. Si l'on excepte en effet les signes sensibles naturels et ceux
du comportement instinctif, tous les signes dépendent du travail inventif de l'esprit dont la fécondité semble inépuisable.
Que l'on songe à la floraison des symboles : notation musicale, symbolisme algébrique ou chimique, abréviations et sigles divers, alphabets de toute sorte, signes conventionnels artificiellement institués à divers usages.
Mais il importe de définir le rapport du signe à la pensée et à la chose signifiée.
Au niveau du comportement élémentaire le signe adhère encore à la chose signifiée sans pouvoir s'en détacher : le cri qui traduit la douleur, par exemple, porte en lui-même son propre sens et le langage émotionnel — quand il est spontané — ne fait que peu de place à l'intelligence.
Le signe authentique commence au niveau de la conscience réfléchie quand il y a précisément prise de conscience du rapport entre le signe, la chose signifiée et l'intention significatrice : dans les mots par exemple.
La production de signes formels ou intentionnels suppose donc : la conscience du rapport qu'il y a entre le signe et la chose ou l'idée signifiée — la faculté d'abstraire le signe de la chose signifiée pour lui donner son indépendance — la possibilité de retrouver le sens du signe en lui substituant mentalement au moins l'idée qu'il représente ou symbolise. D'où la nécessité du déchiffrement.
Il va sans dire que tout ce travail est spécifiquement humain. Voulant dif­férencier l'homme de l'animal et de l'automate, DESCARTES fait observer que les machines « ne pourraient user de paroles ni d'autres signes en les composant, comme nous faisons pour déclarer aux autres nos pensées » et que les animaux ne sauraient être capables de ce que font les hommes, savoir : « arranger ensemble diverses paroles et en composer un discours par lequel ils fassent entendre leurs pensées ».
— Parmi les nombreux problèmes que soulève le langage nous retiendrons surtout les rapports qu'il soutient avec la pensée et sa valeur au regard de l'esprit.

Copyright La taverne de faust [http://andani.fr]