Imagination
4. Pathologie de l'imagination.

La pathologie de l'imagination est un domaine immense. Elle touche aux névroses et aux psychoses qui, avec les diverses formes du délire et de la démence, intéressent la pathologie de la personnalité plus encore que celle de l'imagination. Nous nous limiterons à certaines anomalies psychiques ou mentales :

4-1) Le somnambulisme.

Le somnambulisme a été appelé un rêve en action. En effet, les images qui l'animent se traduisent spontanément en réactions motrices, en mouvements dont le parfait automatisme et l'étonnante sûreté ne laissent pas de confondre.
On a dit de l'instinct qu'il était somnambulesque, on pourrait dire du somnambulisme qu'il est tout instinctif. Le somnambule se déplace, agit, parle, sans cesser de dormir, il se souvient parfois des états vécus dans ses crises précédentes, mais il oublie tout une fois réveillé. Si curieux qu'il soit, ce phénomène n'a pas été jusqu'ici suffisamment étudié.

4-2) L'hypnose.

L'hypnose est un sommeil artificiellement provoqué au cours duquel le sujet se comporte comme un somnambule. Déjà le somnambulisme implique une grande suggestibilité; a fortiori l'hypnose où le sujet tombe sous la dépendance d'une personne dont il subit l'influence. Il semble que l'hypnotiseur substitue sa volonté à celle de l'hypnotisé et lui impose de vivre le rêve de son gré, les images qu'il projette en lui en le suggestionnant.
L'hypnotisme commercialisé — celui du music-hall — a fait douter de l'authenticité du phénomène. On ne saurait nier pourtant qu'il existe. II s'agit d'un cas d'influence totale : psychique, biologique et physique. Encore faut-il que le sujet s'y prête ou plutôt qu'il ait (les dispositions favorables, naturelles d'ailleurs et non point affectées. Certaines personnes sont absolument réfractaires à l'action de l'hypnotiseur, que ce soit dû à la puissance de leur volonté, à l'équilibre nerveux, à l'absence d'affinités ou à un grand pouvoir de résistance ou de refus.
Pour comprendre l'hypnotisme sur le plan psychologique, peut être faudrait-il le rapprocher de phénomènes plus courants où l'on voit un moi subjugué par un autre moi : la fascination, l'ascendant, la séduction, l'incantation amoureuse ou esthétique. Il nous arrive de subir une influence telle qu'elle a raison de nos résistances personnelles et que nous cédons à l'enchantement.
Sur le plan scientifique et médical, l'hypnotisme fut essayé par Charcot et Bernheim, en France, dans le traitement de certains troubles nerveux. Freud, qui avait suivi leurs leçons avant (le créer la psychanalyse, devait en retenir la nécessité de placer le malade dans un état d'hypnose légère pour faciliter l'aveu des tendances refoulées au cours de la cure psychanalytique, ce qui s'obtient aussi maintenant par la narco-analyse.
C'est dire que l'hypnotisme a aussi ses titres scientifiques.

4-3) L'hallucination.

L'hallucination n'est pas facile à expliquer. On retient d'habitude la théorie classique de Taine qui propose d'y voir une image forte extériorisée, projetée dans le champ perceptif et prise ensuite pour une sensation venue du monde sensible. A l'état normal la projection des images n'enfante pas d'hallucinations parce qu'un ensemble de réducteurs antagonistes empêche l'image de s'identifier à une sensation : c'est tout simplement l'ensemble des sensations avec lesquelles serait incompatible l'objet de l'image pris pour réel. Ainsi l'hallucination est une perception fausse tout comme la perception est une hallucination vraie.
Explication discutable; déjà P. Janet estimait que l'hallucination, pour se produire, requiert certaines conditions : la baisse de tension psychologique, la désagrégation de la personnalité, la perte de la fonction du réel, c'est-à-dire du sens de l'adaptation à la réalité et à l'action. Mais Sartre nie radicalement qu'elle soit l'effet d'une projection ou d'une extériorisation de l'image. En fait, l'hallucination coïncide, pour lui, avec un brusque anéantissement de la réalité perçue. Elle ne prend pas place dans le monde réel, elle l'exclut. L'imagination de l'halluciné lui fait viser un monde imaginaire où il situe des objets irréels.         Il arrive même que le malade subisse l'hallucination sans être dupe, sans croire qu'elle corresponde à un objet réel. C'est qu'il a besoin d'elle pour donner un sens à sa psychose.
On sait que de grands esprits furent atteints d'hallucination : Dostoïevski,
Maupassant, Gérard de Nerval, Rimbaud j. On peut même dire que cette terrible affection mentale n'a pas compté pour rien dans l'économie de leur oeuvre.

4-4) Le rêve éveillé.

Il y a des formes pathologiques du rêve et de la rêverie. Dans l'état de rêve éveillé, l'imaginaire déborde sur le réel ou se confond avec lui au point d'en être indiscernable. Cela peut conduire à la schizophrénie, psychose de rupture avec le monde extérieur, où l'on voit le sujet s'enfermer dans son rêve et le tenir pour plus réel que toute autre chose ou du moins plus intéressant pour lui.
Inutile de dire que bien des grands artistes inclinent à la schizophrénie, sans aucun déséquilibre mental inquiétant, pour la simple raison que c'est de leur rêve éveillé qu'ils tirent la substance même de leur oeuvre.
Dans le cas franchement pathologique, ils sont alors sujets à des hallucinations plus ou moins provoquées ou dérivées, plus ou moins fictives aussi : tel Rimbaud demandant que le poète se fasse voyant par le dérèglement systématique de tous les sens.
Mais le rêve éveillé n'habite pas seulement l'artiste — rêveur traditionnel Il anime aussi parfois l'homme d'action. Quand on songe au destin fabuleux d'un Napoléon, on ne peut s'empêcher d'y voir un rêve réalisé et finalement brisé, vécu, par l'un des plus puissants rêveurs qui aient jamais été.

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