Histoire φ
3) Le XVIIIe siècle.

Le XVIIIe siècle est, par excellence, « le siècle des philosophes » ; c'est en effet le siècle où des écrivains de grand talent, par des œuvres largement diffusées dans toute l'Europe, ont essayé de répandre l'esprit philosophique, particulièrement comme arme de bataille contre l'intolérance et les superstitions. Certes ils ne sacrifient pas tous à la popularité ; ni Berkeley, ni Condillac, ni Hume, ni même Rousseau ne peuvent être considérés comme des écrivains populaires au même titre que Diderot, Voltaire ou d'Holbach. Tous cependant ont des caractères communs qui se rapportent au besoin de répandre une philosophie universelle, ou comme on dit, les lumières. D'abord la passion de l'analyse réductrice.

Helvétius (1715-1771) a exprimé la tendance générale de son siècle en écrivant : e Les philosophes ne débiteront jamais que des fables jusqu'à ce que le temps et le hasard leur aient donné un fait général auquel tous les autres puissent se rapporter a. La doctrine de Condillac (1715-1780), auteur du Traité des sensations, qui réduit toute la vie mentale à la sensation, représente d'une façon typique cet état d'esprit. Auparavant, Fontenelle (1657-1757) ramenait les mythes grecs les plus pleins de fantaisie à la description de quelque fait physique banal. Et le conseil, si souvent répété à cette époque, de revenir à la nature suppose que l'on recherche, sous l'acquis social, les éléments simples et irréductibles de notre être. Cette passion d'analyse se traduit partout par un désir général de simplification ; en morale, naissent les morales du sentiment qui font reposer toutes les vertus sur l'impression de sympathie ; d'autres font de l'égoïsme la source des actes les plus utiles à la société. En matière religieuse, beaucoup se limitent à une religion prétendue naturelle admettant l'existence de Dieu et une Providence plus ou moins vague. Il semble que toutes leurs métaphysiques soient dominées par des raisons d'économie ; c'est l'immatérialisme de Berkeley (1684-1753) qui résout les choses sensibles en idées ; c'est en revanche le matérialisme de d'Holbach et de ses amis qui fait l'économie de l'esprit. La critique de Hume (1711-1776), auteur de l'Essai sur l'entendement humain, montre avec profondeur que l'analyse conduit au scepticisme ; si l'on s'abandonne au cours de la vie, on croit qu'il y a dans la cause une force capable de produire l'effet ; en vient-on à l'analyse réfléchie que l'on ne trouve dans ce qu'on appelle la cause aucune force de ce genre, et l'on est obligé d'attribuer l'aisance avec laquelle nous passons de la cause à l'effet à une habitude purement subjective créée par la répétition des successions. Simplification encore dans les théories sociales : la thèse de l'égalité des hommes exclut toute hiérarchie originaire dans la société ; l'autorité ne peut reposer que sur la force ou le consentement ; et Rousseau simplifie le problème en faisant voir l'origine de l'autorité dans un contrat de société analogue à ceux qui, en droit civil, constituent une société au service de laquelle les individus qui la fondent mettent leur activité dans les bornes définies par l'acte constitutif de la société ; la différence, c'est que, dans le contrat social, il n'y a pas de bornes, et que la volonté générale créée par le contrat est toute-puissante. Dans cette fureur d'analyse, on voit à peine s'ébaucher des synthèses : l'Encyclopédie qui recueille tous les résultats acquis des sciences et des techniques, la théorie du progrès indéfini de Condorcet (1743-1794) qui voit la meilleure réalisation de l'esprit non dans un système achevé, mais dans les accroissements incessants des sciences positives par l'expérience et le raisonnement. Il n'y avait pas, au XVIIIe siècle, pour la philosophie d'autre unité possible que celle d'une critique. Il fallait reprendre toutes les grandes disciplines de l'homme civilisé, les sciences, la morale, la religion, l'art, pour en chercher les racines dans la structure des facultés humaines et en estimer ainsi la valeur. Tel fut l'œuvre du criticisme de Kant. Le XVIIIe siècle a donc apporté à la philosophie une méthode d'analyse vraiment libératrice des préjugés, mais peu apte à construire et à systématiser

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